Impossible de parler de l’Australie sans évoquer les peuples Aborigènes, leur histoire et leur culture. Car voyager en Australie, c’est aussi partir à la rencontre d’une des civilisations les plus anciennes du monde et découvrir leur fascinante culture.

Aborigène du  latin ab origine (depuis l’origine) signifie qui est originaire du pays où il vit ; les personnes Aborigènes d’Australie sont les premiers hommes à avoir habité le sol australien (avec les indigènes du Détroit de Torrès). Le gouvernement australien a défini trois critères permettant de désigner une personne comme étant Aborigène : avoir des ancêtres Aborigènes; s’identifier comme étant une personne Aborigène et être reconnue comme telle par sa communauté Aborigène.

Les origines des peuples Aborigènes

Photo : Aussi~mobs / flickr

Photo : Aussie~mobs / flickr

L’origine des peuples aborigène reste encore un mystère et a donné lieu à de nombreuses théories. Les plus plausibles s’accordent sur le fait qu’ils seraient arrivés par voie maritime de l’Asie du Sud-Est, il y a au moins entre 40 000 et 50 000 ans. L’Homme de Mungo est  le plus ancien fossile humain d’Australie. Il a été retrouvé en Nouvelle-Galles du Sud et serait vieux de 40 000 ans. Ils se seraient installés en Terre d’Arhnem dans le Territoire du Nord (devenue réserve aborigène depuis 1931). Puis, ils auraient progressivement investi tout le pays dont la Tasmanie (autrefois reliée au continent). On n’ignore toujours la raison de leur venue. Semi-nomades, ils vivaient de chasse, de pêche et de cueillette, en groupes d’une ou plusieurs familles. Ils ne pratiquaient ni l’élevage ni la culture et se déplaçaient ainsi au gré de leurs besoins. Ils ont développé une culture très riche basée sur la spiritualité et vivaient en autarcie jusqu’à l’arrivée des colons britanniques à la fin du XVIIIème siècle.

La colonisation britannique

Photo : pixculture /flickr

Photo : pixculture /flickr

En 1770, l’explorateur anglais James Cook débarque en Australie. Il jette l’ancre de l’Endeavour en Nouvelle-Galles du Sud sur la vaste baie de l’actuelle Sydney, autrefois nommée Stringer Bay puis Botany Bay. Lui et son équipage rencontrent alors des personnes Aborigènes. Pourtant Londres déclare l’Australie Terra nullius, ce qui signifie « terre n’appartenant à personne » et qui peut donc être occupée.

En 1788, les Britanniques reviennent, décidés à s’installer en Australie. 11 navires chargés d’armes, de bétail, d’outils et de matériaux transportent environ mille personnes (bagnards, officiers, soldats et femmes).Le capitaine Arthur Philip établit alors la 1ère colonie pénitentiaire sur le territoire des Eoras. Malgré la volonté officielle de protéger les populations indigènes, les personnes Aborigènes sont dévastées. Privés d’une partie de leurs territoires, beaucoup sombrent dans la dépression et l’alcoolisme ou succombent à des maladies apportées par les occidentaux (variole). De plus en plus d’Européens viennent s’installer en Australie considérée comme une terre bon marché aux perspectives de travail florissantes. En 1803, une 2ème colonie pénitentiaire est établie à Van Diemen’s land (dans l’actuelle Tasmanie).

Au fur et à mesure de l’invasion britannique, une partie du peuple Aborigène résiste et se révolte. Ce qui donnera lieu à une guerre sanglante contre eux et de nombreux massacres. La Black War, considérée par beaucoup comme un génocide, s’achève dans les années 30. Pendant cette période la population Aborigène de Tasmanie passe d’environ 6 000 individus à 300. Les survivants sont envoyés à Flinders Island. Dans les années 1870, les personnes Aborigènes sont déportées dans des réserves. Ils y vivent isolés et exclus de la population blanche. Le Commonwealth of Australia est fondé le 1er janvier 1901 et regroupe les 6 colonies pénitentiaires de l’époque. Pendant plus de deux siècles, le population  Aborigène sera massacrée et asservie. À la fin du XVIIIème siècle, les personnes Aborigènes étaient entre 300 000 et 700 00 (peut-être même plus); au début des années 1930 ils n’étaient plus qu’entre 60 000 et 100 000…

Les générations volées

Photo : Dave Keeshan / flickr

Photo : Dave Keeshan / flickr

De 1861 à 1973, la politique de l’Australie blanche (White Australia Policy) est appliquée, on privilégie alors l’immigration européenne blanche. En 1869, le gouvernement australien promulgue une loi visant à retirer les enfants « métis » (half-castes), le plus souvent de mère Aborigène et de père blanc, de leur famille. Jusqu’en 1969, des dizaines de milliers d’enfants seront ainsi enlevés de force à leurs parents. Ils seront placés dans des orphelinats, des missions chrétiennes ou des familles d’accueil, dans le but officiel de les intégrer à la population blanche. « Keep australia white » (garder l’Australie blanche) est alors la règle. Il faut faire oublier aux petits « métis » d’où ils viennent et qui ils sont. En 1937, La Conférence du Commonwealth sur la situation des indigènes est claire « Le futur des métis aborigènes ne réside que dans leur absorption définitive… », en 1951 on dira explicitement : « L’assimilation est le but. Jusqu’à ce que tous les Aborigènes vivent comme tout Australien blanc. » en d’autres termes l’objectif visé était purement et simplement la disparition du peuple Aborigène. Jusqu’à l’âge de 18 ans, les enfants sont placés sous la tutelle des Chiefs protectors nommés dans chaque État du pays.

C’est en 1997, que le rapport Bringing them home fait éclater au grand jour le scandale de ce qu’on appellera les « générations volées ». En 1967, les personnes aborigènes deviennent des citoyens australiens à part entière et sont alors autorisés à sortir de leurs réserves. Certains territoires leurs sont rendus comme  Uluru ou le Kakadu National Park mais ils sont contraints à reverser au gouvernement une partie des recettes apportées par ces lieux touristiques. En 1992, la Haute cour australienne annule la loi de Terra nullius. Depuis 1998, un journée nationale du pardon a été instaurée ; le 26 mai de chaque année est organisée un jour de commémoration. Mais il faudra attendre 2008, pour que Kevin Rudd (le 1er ministre de l’époque) présente officiellement des excuses au peuple Aborigène pour tous les préjudices qu’il a subi.

Aujourd’hui

Uluru. Photo : Robyn Jay /flickr

Uluru. Photo : Robyn Jay /flickr

On compte actuellement environ 24 millions d’habitants en Australie, les personnes Aborigènes représentent entre 2 et 3% de la population. Depuis 1976, la discrimination est illégale en Australie. Mais malgré les politiques d’intégration, une partie importante de la population autochtone est marginalisée et vit dans des conditions socio-économiques très difficiles. En matière de santé, d’emploi et d’éducation, les personnes Aborigènes sont fortement défavorisées. Elles ont une espérance de vie moins élevée que les autres Australiens (17 années de moins en moyenne) et la mortalité infantile est beaucoup plus importante. Leur taux de chômage est trois fois plus important que dans le reste de la population et leur taux d’alphabétisation et d’instruction plus faibles.

Le profond traumatisme subi, le racisme dont ils font encore l’objet et leurs conditions de vie désastreuses ont engendré de nombreux problèmes comme l’alcoolisme, la consommation de drogue (notamment le petrol sniffing : inhalation de vapeurs d’essence) et la violence. Ils représentent un quart de la population carcérale adulte et environ 60% des jeunes détenus. Leur taux de suicide est 6 fois plus important que la moyenne nationale. Chez les jeunes du Territoire du Nord il serait même le taux le plus élevé au monde.

Pour ne rien arranger le gouvernement met en place des mesures dont certaines sont discriminatoires et privent les populations autochtones de leurs droits fondamentaux. On peut notamment citer comme l’action d’urgence internationale pour le Territoire du Nord. Différentes mesures ont été prises: les gens ne peuvent plus dépenser leur argent comme bon leur semble, la pornographie et l’alcool sont prohibés. Bref, le chemin qu’il reste à parcourir est encore long… Actuellement, les personnes Aborigènes seraient regroupées en 400 tribus différentes. 1/3 vivent en zone rurale, moins d’1/4 en zone urbaine et le reste dans l’Outback. Avant l’arrivée des Britanniques, il existait plus de 250 langues, désormais on estime que seulement 30 langues sont encore parlées.

Le peuple du Rêve

Photo : Jeroen Moes / flickr

Photo : Jeroen Moes / flickr

Malgré leur histoire tragique, les peuples Aborigènes ont réussi à préserver une grande partie de leur culture. C’est d’ailleurs une des plus anciennes cultures survivantes au monde. En réalité, on ne devrait pas parler d’une seul culture aborigène ; les ethnies étant subdivisées en plusieurs clans aux organisations sociales très différentes. Leurs croyances sont polythéïstes et animistes. Leur spiritualité repose sur de nombreux mythes et légendes qui diffèrent d’une tribu à l’autre.  Mais l’on retrouve un thème central et commun à tous les clans que l’on nomme « le Temps du Rêve » (Dreamtime). Cette notion assez complexe explique l’origine de la création du monde et des êtres vivants. Plus qu’une religion, c’est un ensemble de savoirs, de croyances et de pratiques, une philosophie qui régit chaque aspect de leur vie quotidienne.

Le Temps du Rêve est nommé Tjukurpa parla plupart des peuples Aborigènes. Il se réfère à une période antérieure à la création du monde et de la vie, lorsque tout n’était que spirituel. Bajame, le créateur aurait engendré des « ancêtres », des créatures à la forme humaine ou non qui seraient sorties du ciel et de la mer pour créer les montagnes, les cours d’eau et toutes les créatures vivantes en rêvant. Les « ancêtres » se seraient retirés mais leurs Rêves seraient restés. L’esprit de ces « ancêtres » serait toujours présent dans la terre, c’est pourquoi celle-ci est sacrée pour les peuples Aborigènes. Certains lieux sont sacrés,  comme Uluru, car ce sont les lieux où les « ancêtres » auraient réalisé leurs actions. Chaque tribu possède le Rêve de son « ancêtre », transmis par la tradition orale, les cérémonies et l’art.

Mais le Temps du Rêve existe toujours, c’est un espace-temps parallèle qu’il est possible d’atteindre pour des besoins spirituels notamment par le biais de la peinture, le chant ou la danse. Les « ancêtres », lors de la création de la Terre, auraient créé des sentiers décrits par des chants. Les peintures aborigènes représentent des Rêves, des cartographies des parties du monde, des itinéraires créés par les « ancêtres ».  Le fond de la toile, souvent de couleur foncée, représente le sol et chaque partie du dessin a une signification : un rond bleu est un lac, le U est un homme. La signification des symboles est propre à chaque tribu.

La peinture est très importante pour le peuple aborigènes car elle permet de repeindre les itinéraires des grands ancêtres et ainsi garder une connexion entre leur monde sacré et le nôtre. La musique et la danse permettent elles aussi de célébrer les mythes de la culture aborigène et de les transmettre d’une génération à l’autre. Le didgeridoo, instrument désormais mondialement connu, serait l’instrument le plus ancien du monde. Il est très représentatif de la culture aborigène. Le joueur de didgeridoo accompagne le chanteur et le danseur lors des cérémonies et des rituels. On utilisait cet instrument pour provoquer un état de transe.