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Les relations entre l’Australie et la Chine sont loin d’être au beau fixe

Le gouvernement australien a réitéré le 16 mars sa volonté de travailler avec les États-Unis et leurs alliés pour punir Pékin si cette dernière choisissait de soutenir l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

En effet, au cours des derniers jours, de nombreux rapports ont émergé révélant que la Russie aurait demandé à la Chine un soutien militaire et économique.

Un diplomate américain a d’ailleurs récemment déclaré que les États-Unis disposaient d’informations suggérant que la Chine n’était pas hostile à cette demande.

Interrogé pour savoir si l’Australie participera aux sanctions de la Chine pour tout soutien potentiel à l’effort de guerre, le ministre des Finances, Simon Birmingham, a déclaré que l’Australie agirait « en étroite collaboration » avec ses partenaires internationaux.

Il a aussi déclaré que son pays continuerait à prendre des sanctions contre “tous ceux qui soutiendraient l’assaut de la Russie contre les Ukrainiens”.

Enfin, il a ajouté que,  depuis le début du conflit, le gouvernement australien encourage la Chine à défendre la souveraineté de l’Ukraine. Ceci intervient dans un contexte de relations diplomatiques difficiles entre l’Australie et la Chine.

En effet, les deux pays sont en désaccord sur de nombreux dossiers. Les relations diplomatiques entre les deux gouvernements ont d’ailleurs été qualifiées de glaciales par de nombreux journaux.

Dans cet article, nous revenons sur la situation actuelle entre l’Australie et la Chine.

Des liens économiques étroits

Au cours des dernières décennies, les deux pays ont agi dans le cadre d’un accord implicite pour protéger leurs liens économiques. Et ce, en dépit de tout différend politique.

Et cette stratégie a été payante. En effet, entre 2009 et 2019, les exportations australiennes vers la Chine ont triplé. Elles ont alors atteint 149 milliards de dollars australiens (environ 100 milliards d’euros) par an.

Environ la moitié des recettes sont liées à l’exportation de minerai de fer, qui alimente le besoin insatiable d’acier du secteur de la construction chinoise. Le reste des exportations est principalement constitué de charbon, de gaz et de produits agricoles. L’économie australienne repose également beaucoup sur les étudiants et touristes chinois. Ces deux sources de revenus ont un poids non négligeable dans l’économie australienne.

Les échanges ont continué à augmenter chaque année. Et ce, alors même lorsque les relations sont de plus en plus tendues depuis la fin des années 90.

Toutefois, les relations se sont soudainement considérablement refroidies début 2020. À cette époque, le gouvernement australien lance un appel international pour une enquête indépendante sur les origines encore obscures du COVID-19 à Wuhan, en Chine.

Enquête sur les origines du COVID-19

En avril 2020, alors que le monde est ravagé par une épidémie d’un virus jusqu’alors inconnu, le Premier ministre australien, appelle à une enquête sur les origines du virus. La Chine se sent ainsi défiée et ne tarde pas à menacer l’Australie de conséquences sans précédent. Furieux, Xi Jinping dénonce rapidement l’appel de Canberra comme un affront et une chasse aux sorcières politique.

Quelques jours plus tard, une vague sans précédent de restrictions commerciales s’abat sur le pays. Le problème pour l’Australie, c’est que l’empire du Milieu est son premier partenaire commercial. De nombreuses entreprises dépendent donc du commerce avec la Chine. Les restrictions commerciales appliquées sur certains produits australiens visaient donc à faire pression sur Canberra. Mais l’Australie tient bon et poursuit ses appels à une enquête impartiale pour comprendre les origines du virus.

Presque deux ans plus tard, l’impact économique sur l’Australie s’est révélé relativement minime L’impact diplomatique en revanche est bien plus important. Les médias chinois publient régulièrement des caricatures, menaces et insultes envers l’Australie. Le gouvernement chinois mène une politique de désinformation afin de dissuader son peuple d’acheter les produits australiens. Il s’agit même de dissuader les chinois de se rendre dans le pays pour y étudier ou y voyager.

Ci-dessous, la liste des produits les plus impactés par les sanctions commerciales chinoises :

  • L’orge 

En mai 2020, la Chine a décidé d’imposer des tarifs douaniers de 80 % sur l’orge en provenance d’Australie. Ceci devrait s’appliquer pendant cinq ans.

  • Bœuf et agneau

Les quatre plus grands exportateurs de bœuf australiens ont été placés sur liste noire par la Chine.

  • Vin

Les chinois raffolent de vin australien. C’est pourquoi la Chine a décidé d’appliquer des tarifs douaniers jusqu’à + 218 % sur les vins australiens.

Le homard, le bois, et le charbon sont les autres produits affectés par des quotas et tarifs douaniers.

La crainte de l’influence croissante de la Chine dans le pacifique

Vous l’aurez compris, sur le plan économique, les deux pays sont étroitement liés. En effet, l’Australie fournit à la Chine de nombreux produits de base sur lesquels repose son industrie. Et l’Australie a besoin de ce client essentiel pour sa balance commerciale.

Mais politiquement, beaucoup de choses les divisent.

Au-delà des divergences en ce qui concerne les droits de l’homme, l’Australie est préoccupée par le comportement de plus en plus belliqueux de la Chine dans la région Indo-Pacifique. La Chine, quant à elle, n’accepte pas ce qu’elle qualifie de ‘’position anti-chinoise de l’Australie’’.

Les relations entre la Chine et les îles du Pacifique se sont considérablement renforcées au cours de la dernière décennie. Le gouvernement chinois a renforcé ses liens diplomatiques dans la région tout en augmentant ses investissements dans le domaine des infrastructures par exemple. Le pays fait aussi régulièrement don d’équipements sportifs et envoie des professeurs de chinois afin de sensibiliser les populations locales à la culture chinoise.

Au cours des dernières années, la Chine est ainsi devenue le plus grand partenaire commercial de la région et a aidé à financer de nombreuses organisations régionales. Un nombre croissant de Chinois et d’entreprises vivent et opèrent désormais dans les îles du Pacifique.

Cette influence croissante inquiète les États-Unis et l’Australie jusqu’alors plus grand partenaire commerciale de ces îles. L’Australie suspecte que le pays n’utilise ses relations commerciales et diplomatiques avec ces nations qu’afin de créer des bases militaires dans la région.

Ceci couperait les lignes directes d’approvisionnement militaire entre l’Australie et les États-Unis et rendrait la coopération entre l’armée australienne et américaine plus difficile. Le second risque et que la Chine ( par l’intermédiaire de ces entreprises établies dans le pays ) cherche à déstabiliser la région par le biais de la corruption.

L’affaire des sous-marins australiens

L’affaire des sous-marins australiens qui a ébranlé la France il y a quelques mois reflète ces craintes. En septembre 2021, le gouvernement australien annonce en effet la rupture d’un contrat de 55 milliards d’euros avec la France. Ce contrat actait l’acquisition de 12 sous-marins français pour remplacer la flotte vieillissante du pays. L’Australie se dotera à la place de huit sous-marins nucléaires américains plus puissants mais aussi plus coûteux.

La décision australienne de privilégier un partenariat avec les États-Unis intervient en réponse à l’influence croissante de la Chine dans la zone Indo-pacifique. En effet, selon un expert australien, les nombreuses tentatives d’intimidation de la Chine envers l’Australie, Taïwan et le Japon font peser des tensions croissantes sur la région.

Les dirigeants australiens estiment que ces sous-marins seront plus à même d’affronter la marine chinoise en cas de conflit.

Cette décision a attiré les foudres de Pékin qui a mis en garde l’Australie contre une course aux armements navals.

Quel futur entre l’Australie et la Chine ?

Le Premier ministre australien, Scott Morrison, est en campagne et parie sur une stratégie électorale risquée.

En effet, il a décidé de faire des relations avec la Chine un enjeu de campagne majeur. Les élections sont rarement axées sur la politique étrangère en Australie. Toutefois, les enquêtes montrent que le gouvernement a du retard à rattraper. Et de récents sondages montrent que la population australienne est de plus en plus inquiète quant à un possible conflit entre les États-Unis et la Chine au sujet de Taïwan.  84 % des Australiens ne font pas confiance à la Chine.

Ces inquiétudes expliquent en partie pourquoi Scott Morrisson a choisi de faire de la politique de sécurité nationale son cheval de bataille. Stratégie aussi inhabituelle que risquée.

Le dirigeant de 53 ans a, par exemple, récemment dépeint le candidat d’opposition, Anthony Albanese, comme pro-Chine. Il l’a ensuite qualifié de faible en matière de sécurité nationale. Ces allégations s’appuient sur un rapport publié en février 2022. Ce dernier met en lumière une tentative d’ingérence chinoise dans l’élection australienne qui doit avoir lieu en mai 2022.

Nul ne sait ce que l’avenir réserve pour les relations entre les deux pays. Toutefois, certains experts craignent que la guerre en Ukraine suscite une tentative de prise de Taïwan. Ceci pousserait l’Australie à agir en coopération avec ses alliés américains et pourrait bien entraîner le pays dans un conflit sans précédent.

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